12-11-2004

Munich, le 12 novembre 2004

Bonjour les amis

Ma vie vient de totalement changer : à 4 mois de vie, j’avais assisté à 3 mariages, passé plus du tiers de mon existence en vacances à l’étranger et pensais que la vie n’était faite que de loisirs. A 5 mois, j’étais sale et avais déjà rempli ma 500ième couche, ma vie n’était qu’orgie et j’en étais à 1000 tétées.

Mais voila que juste avant mes 6 mois, comme je vous le disais, mon histoire a basculé : j’ai été baptisée.

Certes, je continue à me nourrir, à digérer et à suivre mes parents dans leurs déplacements, mais maintenant, ma vie à du sens. Le sens de d’équilibre, le sens de ma cuillère quand elle entre dans ma bouche, le sens de l’ouie qui va diminuer si ma sœur continue à me parler avec le même volume sonore, etc.

Bon, pour être plus concrète, voici ce que j’ai fait depuis mon premier mois:

Avec quelques semaines, je ne peux pas encore faire beaucoup de choses avec mes mains, mais avec un profond regard, j’observe tout. Je suis calme et sérieuse, analyse tout ce qui se passe autour de moi, les sons nouveaux, ceux que je connais déjà, les personnes qui s’affairent autour de moi. J’adore être portée : soit dans le porte bébé, assise face au monde et sentant la chaleur dans mon dos de papa ou maman qui me porte et me protège, soit sur l’avant-bras de quelqu’un : là aussi, je suis sur un observatoire et protégée à la fois.

Si je dois m’occuper toute seule, j’aime bien être sur le ventre. Vers 8 semaines, je m’amuse bien en soulevant la tête et un peu les épaules et suis toute fière de tenir quelques secondes. Quand je serais grande, je serai bien musclée et ferai des vraies pompes. La tête ainsi relevée, j’observe les jouets qu’on bouge devant moi. Je me recouche un bref instant pour reprendre souffle, puis je me soulève à nouveau.

A 13 semaines, me voila en train de partir pour le Canada. Bof, en fait, c’est comme à la maison : il y a toujours du lait et quelqu’un qui me porte pour me montrer plein de trucs. Le changement horaire ? Pas de problème : maman me propose du lait alors que j’ai bien bu toute la journée et que normalement, c’est l’heure de se coucher : bon, d’accord, c’est pas de refus de boire un petit coup. Ensuite tout le monde dort, bon, d’accord, alors je dors aussi, et me réveille juste pour boire.

En fait, « faire mes nuits », n’a jamais été un problème pour moi : j’ai tout de suite compris que le rythme circadien était composé d’une phase diurne et d’une phase nocturne. Toute jeune nourrisson, au lieu de téter toutes les 2 heures, il y a une fois dans la nuit où je faisais une pause de 3 heures. Cette pause s’est progressivement allongée en fonction de ma capacité à vivre sur mes réserves et en 4 mois, j’ai fait des nuits de 12 heures avec juste une tétée au milieu, mais rapidement, sans vraiment me réveiller.

Sur le plan du langage, je progresse bien : vers 15 semaines, j’ai prononcé mon premier « Areuh », et à l’âge de 19 semaines, si Anne-Amalia savait déjà prononcer le tiers de son nom (« AAAA »), et bien moi, je pouvais dire les ¾ de mon nom de famille : « Böh ! ». Bon, papa a une autre explication : il pense que vers 4 mois, son premier enfant sait dire AAA, son 2ème enfant : Böh / Béé, et que s’il a un 3ème enfant, il dira au même âge : « Céé ». Affaire à suivre…

J’aime aussi faire des bulles en faisant vibrer mes lèvres, mais je vous jure, ce n’est pas moi qui ai bu le produit vaisselle.

A 20 semaines, mon vocabulaire augmente : « tha, tss, pppp » , je chante ou/et grince des « AAAA » à 21 semaines, et inaugure ma 22ème semaine avec des : « pff ».

A 26 semaines, je parle beaucoup de mon baptême de la semaine précédente : « ba, ba, ba » et je philosophe sur un thème redondant chez moi, celui du rôle fondamental du père de famille dans la société actuelle, particulièrement le mien au sein de notre famille : « apapapapapa ».

A 27 semaines, je commence à étudier l’anatomie, et profitant de maman qui se penche au dessus de moi, je lui touche les yeux en disant : « Age », elle me corrige gentiment en me précisant qu’en Allemand, ça ce dit : « Auge ».

Sur le plan social, je suis bien souriante et depuis ma 25ème semaine, j’ai découvert l’art du fou rire. Je n’ai jamais été très difficile : tant que quelqu’un me porte (si possible pas ma sœur), je suis comblée. J’adore regarder les autres enfants et les bébés, en particulier celui qui me sourit toujours dans la glace.

En ce qui concerne les rapports avec ma sœur, au début, j’arrêtais de sourire en la voyant ou en l’entendant arriver (alors que je souriais en voyant d’autres enfants du même âge). Vers 19 semaines, j’ai réalisé que c’était ma grande sœur, qu’elle serait toujours là et que je devrais partager mes parents avec elle. J’ai donc pris parti de l’aimer, et même de l’admirer. Dès que je la vois, j’oublie maman qui me porte et tout ce qui m’entoure et fais tout pour attirer son attention, grands sourires etc, et si elle me fait l’honneur de faire un peu le clown, j’éclate tout de suite de rire.

Du point de vu moteur, tout va bien aussi. J’ai beau expliquer à maman que chaque enfant est différent donc unique, elle a la fâcheuse tendance à tout vouloir comparer avec ma grande sœur quand elle avait le même âge. La meilleure preuve est que lorsqu’elle était petite, elle avait horreur d’être sur le ventre et préférait jouer allongée sur le dos, et moi c’est le contraire. Rien d’étonnant qu’en découvrant le monde dans un sens différent, nous évoluons différemment !

Je commence par regarder attentivement les jouets, puis, quelques semaines après, j’arrive à taper dedans, c’est là que ma sœur m’aide à progresser : elle a la fâcheuse tendance à reculer les jouets juste à la limite que je ne peux plus atteindre, mais ce n’est pas grave, avec des efforts, j’agrandis ces limites de jour en jour.

A 17 semaines, je tiens les jouets qu’on me met dans les mains et les porte à la bouche. Vers 22-24 semaines, j’attrape les jouets avec les deux mains, me hisse sur le ventre. Je vais aussi à la piscine depuis que j’ai 21 semaines.

Train, avion, bateau, poussette à étages, voiture, différents bras, sac porte bébé, vélo, j’ai à étages, voiture, différents bras, sac porte bébé, vélo, j’ai essayé beaucoup de moyens de locomotion et tous sont pratiques et confortables donc pas la peine d’essayer de me déplacer toute seule, ni même d’essayer de juste me retourner, il y a toujours quelqu’un pour m’aider.

Depuis toute petite, je passe les repas sur les genoux de papa ou maman et, n’ayant droit tout au plus qu’à une girafe en plastique, je les observe manger, des mets tous plus appétissants les uns que les autres. Je les regarde avec envie, essaye d’attraper ne serait-ce que quelques miettes avant qu’ils ne reculent leurs assiettes hors de ma portée.  Je trouve que la vie est injuste, mais papa m’a dit que je ne dois qu’attendre et qu’un jour arrivera où je pourrais manger des choses de plus en plus craquantes et croustillantes.

Enfin, peu avant mes 6 mois, arrive ce grand jour où je peux déguster autre chose que du lait. Ca y est, je suis grande, je peux manger avec une cuillère ! Anne-Amalia me regarde et demande à manger aussi des carottes.  Maman propose une cuillère de ma délicieuse bouillie : « Non, pas les carottes de Claire-Estelle, je veux des bonnes carottes. ». Ah bon, moi je les trouve excellentes, ces carottes ! Je n’ose pas imaginer comme les autres plats doivent être bons, si juste cette super bouillie est ce qu’il y a de plus banal. Pour l’instant je m’en régale et montre un très bon appétit. Bon, je vous laisse car maintenant, c’est l’heure de ma compote de pommes.

A la prochaine,

Claire-Estelle