12-09-2009

Ebenhausen, le 12 septembre 2009
Bonjour les amis !
 
Waouh ! Encore plein de mois à vous raconter ! Remontons le temps pour arriver en février dernier à l’heure où la semaine de ski avec les amis commence. Nous voici dans un chalet en Suisse. Je passe des matinées tranquilles, à lire, dessiner, me déguiser et jouer dedans, ou faire des glissades devant le chalet tout en me gavant de neige et de glaçons. Il y a plusieurs copains, mais le plus intéressant, enfin, jusqu’à ce qu’il soit touché par la gastro qui circule dans le groupe, car ensuite, il n’a plus trop envie de jouer, c’est Gaétan, qui a mon âge.
Les après-midis, je vais à mon cours de ski, pour préparer le grade d’ourson. Gaétan suit aussi le même cours que moi. Quand nous tombons sur le télécorde, nous nous entraidons très fraternellement. Je crois que je suis un peu amoureuse de lui…
Après le ski, comme il y a une piscine dans le village, juste à coté de notre chalet, nous dépensons le reste de notre énergie dans l’eau chaude à jouer au ballon.
Les soirées se passent plutôt tranquillement, coloriages, jeux de cartes, lecture de livres, par mon parrain par exemple.
Mes profs de ski apprécient ma débrouillardise et me décernent mon ourson en fin de semaine en me disant que j’étais une des 2 meilleures de mon groupe. C’est un compliment qui me touche.
Ah, ça y est, tous les copains sont remis sur pied mais ce matin, c’est moi qui suis touchée par la gastro. Je reste affalée en travers d’un canapé mais ne perds rien car c’est le jour du ménage, rangement et départ.

Je me rétablis vite et de retour en Allemagne, je suis de nouveau prête pour affronter mes jouets laissés pendant une semaine. Bien sûr, je fonce sur mes déguisements, et une fois dans une nouvelle peau, je joue avec les poupées et nounours. Même dans mon bain, je trouve le moyen de me vêtir ludiquement en enfilant un vieux maillot de bain.

« Eh, Gren., tu viens, on va jouer. » J’aime bien jouer avec maman si elle en a le temps et bien sûr, nous sommes Escargot et Grenouille. C’est une vieille histoire, vous la connaissez déjà de ma dernière lettre et elle continue à se construire à chaque fois que nous jouons ensemble.
Escargot et Grenouille sont nos deux personnages de jeu, exclusifs, alliant ma fantaisie et des moments de partages privilégiés, juste entre maman et moi.

Samedi 7 mars :  « Miam, miam! Dehors il y a plein de choses à manger pour moi! » Vous l’avez deviné, je viens d’ouvrir mes volets ce matin et aperçois la neige fraîche tombée pendant la nuit. Ni une ni deux, me voici habillée et vais prendre mon petit déjeuner blanc et frais dehors. Les tartines de pain et les céréales ? Oh, ça peut bien attendre, non ?
 
En ce moment, je n’ai pas un sommeil de bonne qualité la nuit, et je me réveille fatiguée. « Oh, cette nuit, je n’ai pas dormi parce qu’il y a Petit Chat qui a fait du trampoline toute la nuit sur mon nez. Il avait un pyjama alors ça ne fait pas de poils qui tombent sur mon visage. »
Anne-Amalia se moque souvent de moi si je parle trop de mon petit chat. « Maman, Anne-Amalia, elle m’a dit que mon petit chat, c’est de la fantaisie ! C’est pas vrai, hein ? »
Et le matin suivant : « Je n’ai pas pu dormir parce que petit chat, il m’a chatouillé l’oreille avec une plume toute la nuit. »
Cette histoire de fantaisie, ça me travaille quand même : « Dis, maman, est-ce que les histoires qu’on invente elles sont vraies ? ».
Bon, les nuits fatigantes passent et Petit Chat se remet à dormir la nuit en me laissant tranquille.

Et voilà déjà le printemps. Je suis un peu nostalgique : « Ah, c’était bien, l’hiver, j’ai mangé plein de neige ! ». Bon, il n’y a plus de neige, mais il y a toujours les crayons la colle et les coloriages, les légos, les petits tissus pour faire des lits et couvrir mes poupées, la dînette, Petit Chat et tout mon monde imaginaire, parfois Anne-Amalia si elle ne m’embête pas ni me commande, Maman si elle a le temps de jouer à Escargot et Grenouille et surtout Carl-Amadé, toujours souriant et prêt à jouer. « Quand il sera grand, s’il veut, il pourra se marier avec moi ». En attendant, je le laisse jouer à la bagarre avec moi. Il se roule par terre sur moi, m’arrache les cheveux et nous rigolons bien. Il me tord le nez mais là, ça fait vraiment mal alors je lui signale toujours en me marrant : « Eh, Carl-Amadé, je ne suis pas en pâte à modeler !!! ».

Avril
C’est maintenant le dimanche des Rameaux : Nous sommes prêts très en avance, il ne reste plus que la coiffure à finir, ensuite nous irons jusqu’à Munich pour la messe car avec mon école maternelle, nous animons la messe. Mais voilà, je suis dans une belle robe et cela réveille en moi les sentiments de coquetterie. Impossible de partir avec une telle tête ! Je fais une crise à cause de mes boucles que je ne veux pas avoir. Refuse toute coiffure, de rage, jette au sol élastiques et barrettes. Finalement, entre ma sœur qui me dit qu’elle, elle serait vraiment heureuse d’avoir des cheveux bouclés et maman qui me mouille et lisse un peu les cheveux, j’accepte de partir, malgré mes cheveux encore un peu ondulés. Bien sûr, cette histoire nous a mis en retard, nous ratons le début de la messe mais ce n’est pas grave, tout va bien maintenant, je suis de nouveau bien dans ma peau.


Aujourd’hui, maman me demande si j’accepte de donner à mon frère un vieux jouet qui était à moi. Elle sort alors de la cave mon ancienne tour où on peut introduire des balles, qui descendent ensuite en colimaçon. J’offre donc ce jouet à Carl-Amadé, mais ce n’est pas le mien. « Le mien, il était presque pareil, mais il était beaucoup plus haut ! ». Maman a beau m’expliquer que j’ai grandi et qu’autrefois, il m’arrivait aussi jusqu’au menton, je ne démords pas de ma théorie.

Nous voici enfin de nouveau en vacances et prenons l’avion, cette fois, en direction de l’Angleterre. Je ne découvre pas trop la langue anglaise mais passe une agréable semaine avec mes parents, frère et sœur sur une péniche. J’aide une fois ou deux papa à tenir la barre mais je préfère faire des coloriages et jouer. Il n’y a pas de déguisement dans mes bagages ? Pas de problème, je m’en improvise un. Moi, un rien m’habille. Me voici un oiseau aux grandes ailes, dans le haut du pyjama de papa. Demain, ça sera Pâques. « Je ne vais pas partager les chocolats parce que moi, je suis gourmande. ». La vie à bord, ça se passe aussi sur le pont, que d’ailleurs moi seule en remarque la saleté et je me transforme en petit mousse pour le nettoyer. Avec Anne-Amalia, nous faisons aussi du toboggan sur les parties arrondies au dessus du carré. Les écluses sont assez nombreuses et je ne les rate pas pour sauter à l’extérieur et me défouler les jambes en courant.
Ah, enfin, c’est aujourd’hui le grand jour. Pourtant, comme j’ai commencé une activité pendant que papa faisait une petite promenade tout seul dehors, je ne suis pas très motivée à l’annonce du passage du lapin de Pâques : « Anne-Amalia peut aller chercher les œufs et elle me les rapporte, je suis occupée avec mes autocollants ! » En fait, dès que ma sœur est partie, j’y vais aussi, et rapporte un lourd butin.
Notre péniche s’arrête aux abords de Windsor et nous visitons le château de la reine. Oui, oui, une vraie reine qui vit maintenant, pas comme les reines de mes contes ou les reines d’avant. Je suis très émue de cette visite, mais aussi profondément déçue, j’aurais bien voulu la voir en vrai et lui parler à cette reine. En plus, elle s’appelle Elisabeth, comme ma maîtresse. A défaut, il y a une vidéo dans la grande salle de réception et on peut la voir sur un reportage de cérémonies officielles.  Je suis également impressionnée par les « Gardes à poils ». Leurs costumes avec beaucoup de rouge, leurs chapeaux rigolos à poils et le plus rigolo de tout, c’est d’observer leur démarche au pas où ils montent haut les jambes et leurs demi-tours en trois pas.
Le voyage en péniche continue, avec des excursions à Londres en bus à étage et à Oxford avec visite d’école pour grands (colleges), des haltes en pleine nature avec fleurs à ramasser. Une fois, nous nous arrêtons dans un village et je regarde avec horreur un monsieur en train de tondre le jardin de son cottage. « Pourquoi il passe la tondeuse, il n’aime pas les fleurs ? »

Les vacances sont finies, mais ce n’est pas grave car maintenant, le printemps est vraiment installé en Allemagne et il y a des fleurs à ramasser partout.
Aujourd’hui, avec maman, nous allons à un terrain de fleurs, juste toutes les deux, sans mon frère ni ma sœur. Ça me fait tellement plaisir de jouer de nouveau à Escargot et Grenouille avec elle, que j’en oublie ma passion pour les bouquets de fleurs et je ne ramasse que des feuilles et larges herbes, car comme tout le monde sait, c’est la nourriture des escargots.

Aujourd’hui, les parents me demandent si je voudrais bien aller dans l’école anglaise comme ma sœur. Anne-Amalia, qui est à côté, comme à son habitude quand on me pose des questions, ne me laisse pas répondre. Tu vas voir, si tu viens à mon école : on regarde souvent la télé, on fait aussi de l’ordinateur et si la classe a bien travaillé la semaine, le vendredi on a une récré plus longue. Et puis on jouera ensemble dans la cour, on mangera ensemble à la cantine. Ces arguments sont très convaincants, surtout celui de la télé. Bon, les parents m’aident à trouver d’autres arguments de motivation car la semaine prochaine, je suis convoquée à un entretien pour savoir si j’ai le droit d’être scolarisée là-bas.

Cette année, dans mon village, pour le mois de mai, il y a une grande fête. Ça n’a lieu que tous les 5 ans et les enfants ont le droit de danser autour de l’arbre de mai tout neuf qui vient d’être érigé. J’ai appris pendant les semaines précédentes, des danses folkloriques et revêts aujourd’hui mon costume traditionnel. « Est-ce que je suis la plus belle ? ». A chaque fois que je suis dans une belle robe, ma coquetterie remonte. Je suis un peu amoureuse du garçon avec qui je vais danser. Tous les habitants du village sont rassemblés sur la place et d’un coup, j’ai le trac, impossible de me faire danser, je fais une grosse crise et veux rentrer à la maison. Plus tard, je me justifie : « je ne savais pas qu’il y avait des gens qui regardaient, alors je n’ai pas voulu danser devant tout le monde. »

Avec les beaux jours, je passe beaucoup de temps dans le jardin. Notamment à ramasser des pâquerettes. La température permet même de sortir la piscine gonflable.
Je ramasse de l’herbe séchée autour de l’étang et confectionne des nids pour les oiseaux mais très vite (serais-je une victime du conte de Blanche-Neige ?), je décide que ce sont des lits pour les nains car il y a sûrement des nains dans le coin, et ils seront contents de trouver de quoi se reposer la nuit.
Les jours se passent, j’observe chaque matin si les nids-lits ont été bougés et après l’école, je continue à jouer chez les nains. Entre les troncs de la haie, avec ma sœur, nous retrouvons les grandes écorces qui avaient servit à papa cet hiver pour construire sa crèche. Nous les installons les unes à coté des autres sur la terrasse de manière à construire une petite maison. Je cueille aussi des pâquerettes pour décorer la maison et des feuilles pour préparer une bonne soupe pour les nains.

Ah, aujourd’hui, il pleut alors j’en profite pour faire des travaux manuels à l’intérieur et réalise la nouvelle décoration sur la fenêtre du salon : un magnifique chat vert, avec une queue en fleur, un long cou plein de moustaches, le tout sur un parterre fleuri. Mon art pictural est bien particulier : il est très rare de voir juste un chat, un bonhomme ou une maison. En général, au fur et à mesure que mon dessin prend forme, un imaginaire se construit autour. Les maisons, pleines de fenêtres s’étirent en hauteur, les cheveux de mes personnages s’allongent et deviennent eux-mêmes des objets, sans parler des dessins, suite de traits empilés,  que vous qualifieriez d’abstraits mais qui, chacun, raconte une histoire bien précise.

Aïe, aïe, aïe, ça va être mon anniversaire ! Bien sûr, je me réjouie de grandir, de la fête qui approche, du gâteau, des cadeaux, mais voilà, en février, j’avais consulté un dentiste qui m’a dit qu’il fallait arrêter le biberon. Ça avait été le drame : des pleurs, l’impossibilité de m’endormir le soir, etc., alors maman m’avait dit que je pouvais m’habituer progressivement et que j’arrêterai totalement mes deux biberons quotidiens : le chocolat au lait du matin et l’eau pour m’endormir le soir, à partir de mes 5 ans. Voici pourquoi je vois arriver mon anniversaire avec appréhension.

12 mai : Ça y est, j’ai 5 ans ! Bon, le biberon, j’arrêterai demain, je ne vais quand même pas gâcher la journée en la commençant mal ! Ensuite, au lieu d’aller à l’école, je prends une journée tranquille juste avec maman et Carl-Amadé, et nous allons au parc d’attraction de Märchenwald. Bien sûr, nous jouons aussi à « Escargot et Grenouille ». En soirée, quand papa rentre du travail et Anne-Amalia de l’école, nous faisons la fête avec un gâteau et des cadeaux.
Tiens, Papé me téléphone pour me souhaiter un bon anniversaire. Pour le remercier,  je lui envoie des fleurs du jardin, en les écrabouillant contre le combiné. J’espère qu’il les reçoit bien !

Grandir, grandir, c’est chouette. D’ailleurs, parlons un peu de mon avenir : plus tard, je serai une sirène-fée comme ça, je pourrai voler, nager, et faire de la magie. (En fait, je sais déjà un peu faire de la magie en secret, même des fois, avec Anne-Amalia, nous jouons à échanger des formules magiques. C’est facile, il suffit de faire des vœux avec des phrases qui riment. Mais chut, c’est un secret !).

Aujourd’hui, je vais à l’école et en profite pour fêter mon anniversaire avec les copains de la classe en partageant le gâteau et les bonbons que j’ai préparés pour eux. Mes maîtresses m’ont confectionné une magnifique couronne d’anniversaire, avec des chats dessus, identiques aux chats sur mon T-shirt préféré que je porte évidement. Elle m’offrent même un petit cadeau en plus.
16 mai : encore une occasion de fêter mon anniversaire, cette fois en invitant quelques copains à la maison. Ma copine Clémentine ne peut pas venir, par contre, Finn, Poulinikos et Sandy sont de la partie et nous voilà embarqués dans un jeu de piste sur les traces de la sorcière des bois.

Un an de plus, ça ne m’enlève pas tous mes attributs favoris : feutres, ciseaux, colle m’accompagnent toujours : super, maman rentre de courses et elle enlève les poivrons de leur emballage plastique pour les mettre au frigo. Je me faufile entre elle et la poubelle recyclable, moi aussi, j’ai ma façon de recycler les emballages : je colle plein de gommettes pour tapisser ce panier en plastique et il devient un lit pour mon petit chat. En sortant des toilettes, j’arbore fièrement le prochain bricolage : le rouleau du papier toilette se transforme en longue vue colorée, un autre, que j’avais déjà dans ma réserve, trouve sa place collé sur un calendrier que papa vient de me donner.

J’apprends aujourd’hui que j’ai été prise pour aller à l’école anglaise. Je commencerai à la prochaine année scolaire, c'est-à-dire après les grandes vacances. Je suis très heureuse de l’apprendre, comme ça, je pourrai moi aussi regarder la télé à l’école. C’est vrai quoi, c’est pas juste, ce qui se passe en ce moment, Anne-Amalia regarde plus la télé que moi puisqu’elle y est déjà dans cette école !

J’aime bien mon petit frère. En croisant des gens dans la rue, je fais la remarque à maman : « Nous, on a plus de chance qu’eux, parce que nous, on a un bébé. »
Par contre, on ne peux pas dire que ce soit le même amour pour ma sœur. Pendant qu’elle fait ses devoirs, je m’occupe à faire un dessin : des traits alignés de différentes longueurs. « Regarde, maman, ce sont des fessées. C’est pour Anne-Amalia. Regarde, celle-là, c’est la plus grande, c’est pour quand elle n’est pas sage. »

Ce matin, dimanche, comme tout le monde dort, je vais toute seule dans la cuisine et me prépare un biberon de chocolat au lait. Quoi ? Arrêter le biberon ? Ah oui, d’accord, « demain ». Donc, je m’installe sur le rebord de la fenêtre, c’est ma place quand je cuisine, et me sers largement en poudre de chocolat. Une partie atterrit dans le biberon, le reste se répartit autour. Maman, qui entre temps s’est levée, constate mon œuvre. C’est pas grave, « super éponge arrive !» Avec une immense langue-aspirateur,  je répare ma bêtise en un clin d’œil.

30 mai : c’est le bain le plus mémorable de ma vie ! Avec Anne-Amalia, nous transformons le bord de la baignoire bien remplie (c’est moi qui ai fait couler le bain, sans surveillance rapprochée des parents…), en toboggan. Après bien des glissades et rigolades, nous constatons le degré de débordement de la baignoire. Ça nous donne une idée de génie : le carrelage de la salle de bain se transforme pour nous en patinoire et, en avant les traversées sur le ventre d’un bout à l’autre de la salle de bain ! Nous nous amusons si bien que maman ferme un peu les yeux sur nos idées grandioses. Un peu plus tard, quand elle revient et constate qu’une bonne partie de la moquette du couloir est inondée, elle nous demande d’arrêter. La rigolade continue par contre quand Anne-Amalia et moi devons tout éponger. Nous voilà parties pour la danse des serpillères !

Juin :
Ce matin, je me suis levée plus tôt alors j’en profite pour filer à la salle de jeux et me déguiser en princesse. Tout en jouant, je ressorts du tas de nounours, un petit lapin blanc. Aussitôt, je le baptise, car mes jouets ont tous un nom. Rafiafia devient pour quelques mois, après mes deux bébés, un nounours indispensable pour s’endormir le soir.
Mais bon, pour l’instant, la journée ne vient que de commencer. Ah, tiens, voici Carl-Amadé qui se réveille. Je le sorts de son lit et joue gentiment avec lui. « Tu sais, Carl-Amadé, si tu veux, quand tu seras grand, tu pourras te marier avec moi. Moi je veux bien. » Maman a beau m’expliquer que ce n’est pas possible de se marier avec son frère et que, quand je serai grande, je rencontrerai un garçon de mon âge, mais que je ne connais peut-être pas encore, et que je l’aimerai et qu’il m’aimera, … moi, je reste quand même amoureuse de mon frère.
C’est maintenant l’heure du déjeuner. Tout en étalant sur ma tartine le joli miel brillant des abeilles de mon parrain, je m’interroge : « est-ce que ça fait la peau douce si je me l’étale sur les mains ? » Malheureusement, maman ne me laisse pas tenter l’expérience.
Voilà l’heure de l’école, zut, il faut que je quitte ma robe de princesse. Mais bon, aussitôt arrivée à l’école, je me déguise pour continuer le jeu que j’avais commencé hier avec mes copines: Nous fêtons le mariage Katarina. Lorina et moi, nous sommes de belles princesses invitées au mariage.
Quand maman vient me chercher, je suis triste de devoir quitter mes jeux. Dans la voiture, je raconte ma journée : « papa m’a mis des gâteaux au chocolat dans ma boîte de goûter et c‘est interdit, mais je me suis cachée pour les manger, il y  a Laura avec qui j’ai partagé qui m’a protégée, comme ça la maîtresse n’a rien vu ! ».
Tiens, et si on allait ramasser des fraises avant de rentrer à la maison ? Au passage, nous cherchons Anne-Amalia qui rentre par son bus scolaire, puis ni une ni deux, je prends mon petit panier et me mets au travail. Au bout de deux kilos de cueillette familiale, maman nous fait signe d’aller à la caisse, mais je refuse, il reste encore tellement de fraises dans le champ !
De retour à la maison, je fonce sur ma colle, mes feuilles et mes feutres.
Voici maintenant l’heure du bain. Je suis toujours armée de mes feutres, mais au lieu de les diriger vers des feuilles de papiers ou emballages divers, je les appliques sur mon visage, mon ventre, mes bras, mes jambes. Quel bonheur de se dessiner dessus ! Et même que j’ai le droit, puisque je vais me laver après. Ça y est, je suis prête pour le bain ! Avant que je ne recouvre mes dessins de mousse épaisse et onctueuse et que je vide tout le flacon de savon dans mon bain, Carl-Amadé me rejoint pour quelques minutes dans le bain.
Maman ensuite le coiffe et l’habille. « Carl-Amadé, c’est le plus mignon de la famille ! ».

Jeudi prochain, ce sera la fête Dieu, un jour férié et comme je ferai le pont, ça me fera des petites vacances de 4 jours. Des vacances ? Je me mets à angoisser : « tu sais, pour l’école anglaise, je ne comprends pas tout, en anglais… » . Maman tente de me rassurer : il ne s’agit pas encore des grandes vacances après lesquelles j’irai dans l’école anglaise, et en plus les maîtresses là-bas ont l’habitude des enfants qui ne comprennent pas et elles sont très gentilles pour apprendre et il y a plein d’autres enfants comme moi qui ne comprennent pas encore l’anglais mais qui parlent l’allemand comme moi. Je suis à moitié rassurée.

Ce week-end, je vais en montagne avec ma famille, Barbara, Henning, Christophe. Comme mon anniversaire est passé il n’y a pas trop longtemps, Barbara m’offre un beau cerf-volant. Comme tout jouet, il a une âme et un nom et le nomme « Rosie ». Il y a plein de vent au sommet de la montagne et tous les adultes veulent jouer avec Rosie. Je les laisse faire, mais je confie tristement à maman que je ne voudrais pas qu’on la lance en l’air, je préférerai lui faire des câlins.

Voici maintenant la fin du mois de juin et donc mon dernier jour dans l’école maternelle allemande. Je confectionne des gâteaux au chocolat à la maison, que j’apporte ensuite à l’école pour ma fête d’au revoir. Les maîtresses me donnent un « Schultütte » (cône en papier rempli de bonbons et crayons que les enfants reçoivent le dernier jour de la maternelle et ouvrent à leur premier jour d’école primaire). Ou plutôt, un « Vor-Schultütte » car je ne serai pas vraiment à l’école primaire (Schule), mais en grande section de maternelle (Vorschule) à l’école anglaise, ce qui sera quand même un grand changement pour moi. Ça me touche vraiment, elles l’ont fabriqué avec une princesse, d’après le modèle qui me faisait rêver dans le catalogue des « Schultütte » que je feuilletais souvent avec les grands enfants de ma classe.
Deux jours après ma fête d’au revoir, je reviens quand même à l’école, cette fois en famille car ce dimanche. C’est la fête de mon école. Avec ma classe, nous faisons un petit spectacle, où je suis déguisée en éléphant. Beaucoup d’excitation et de trac mais finalement, tout se passe bien.

Juillet
Les vacances commencent et je regarde nostalgiquement tomber la pluie par la fenêtre : « j’aimerais que ce soit l’hiver pour avoir de la neige ! ». Je ne comprends pas l’intérêt de l’été, même si maman m’explique que c’est la saison où normalement il fait chaud et qu’on peut aller se baigner dans les lacs. J’en profite pour continuer mes bricolages et confectionne des assiettes et couverts en papier.
Ouf, voici une éclaircie. Bien habillée en pull, je me risque dehors pour aller cuisiner une soupe pour mes nains. Je coupe quelques feuilles du jardin en petits morceaux et Carl-Amadé m’aide en remuant l’eau dans la casserole.

Nous commençons quand même à être bien mouillés alors, vue la fraicheur, nous rentrons nous changer et jouons à l’intérieur. Anne-Amalia a retrouvé le tas de ballons  allongés qui servent à fabriquer de drôles d’animaux en exécutant des pliages compliqués. Je me lasse vite de ces bricolages par contre je développe un jeu passionnant :le «football » : il faut prendre un ballon allongé et taper avec dans un ballon arrondit, à la manière du tennis. Sinon, la tapette à mouche fait également office de raquette. Je lance le ballon en l’air en essayant de ne pas le faire tomber, pourtant, à chaque fois qu’il touche le sol ou heurte un meuble, ça fait des points : 100 pour le sol, mille pour le meuble ici, 5000 pour ce meuble. J’arrive à un score de « mille mille » et je suis donc très riche car les points ce sont aussi des sous en or ! Je joue plusieurs jours de suite avec maman et nous sommes l’escargot et la grenouille les plus riches. En plus, on fait croire aux méchants qu’il y a encore des points mais on a déjà pris tout les points et on a même trouvé un nouveau terrain de « football » secret, hé, hé…… bref, l’imaginaire continue mais je vous en fais grâce.

Le soir, les angoisses de l’endormissement reprennent : la lumière du couloir doit être bien sûr allumée et ma porte ouverte, mais en plus, il faut que les parents répondent à un questionnaire détaillé : est-ce que les dragons ça existe ? Et les loups ? Est-ce qu’il y a des loups en Allemagne, et des renards ? C’est gros comment un renard ? Est-ce que c’est méchant ?
Je ré-ouvre mes stores pour vérifier si le portail du jardin est bien fermé. Je vois avec soulagement que c’est le cas. Comme il ne fait pas trop sombre, je peux même voir sur le chemin les flèches que j’ai dessinées cet après-midi à la craie,  indiquant une mauvaise direction pour que les méchants se trompent d’endroit et ne viennent pas chez nous ; ainsi que les dessins en rose comme ça, si quelqu’un entre, ça ne peut être que des dames ou des filles, et comme chacun sait, les voleurs sont des messieurs donc ils ne vont pas passer sur le rose.
Dernière angoisse à chasser : il faut éviter que des cauchemars ne viennent. Ils sont tous sur une ligne et par-dessus, il y a les beaux rêves. Le problème, c’est que si on fait un beau rêve, ça découvre un cauchemar qui peut alors venir. Donc j’ai peur de faire des beaux rêve car après il y aura peut-être un cauchemar !
Bon, je m’enfonce profondément dans la housse de ma couette jusqu’à ce que je soit entièrement cachée, jusqu’à la dernière boucle de mes cheveux, avec mes deux bébés et Rafiafia le lapin. Flocon, mon oreiller orange couleur feu, est posé par-dessus et au pied de mon lit, Rosie, mon cerf-volant monte la garde. D’après mon témoignage, (mais pas d’après ce que constatent les parents quand ils vont me voir une dernière fois en allant se coucher), je ne m’endors pas de toute la nuit et ne trouve le sommeil que lorsque les premières lueurs du jour apparaissent. C’est pour cela que je suis fatiguée en me réveillant le matin !

A part ça, je profite bien des vacances pour me déguiser en continu. La seule raison pour enlever une robe de princesse, c’est que je vais en enfiler une autre dans la minute qui va suivre.
Je passe aussi presque une semaine chez Opa et Oma. Dans leur jardin, je cueille tous les pétales que je trouve et les classe par sorte dans des boîtes différentes. Ça me fait plein d’ingrédients délicieux pour les soupes que je vais faire à mes nains quand je rentrerai chez moi.

Aujourd’hui, il y a des amis français qui viennent jouer à la maison. Dans les trois enfants, celui qui a mon âge, c’est Nathanaël. Quand les copains découvrent la maison de mes nains sur la terrasse, au début, je me mets un peu à bouder car je ne veux pas partager mes nains, mais en fait, il s’agit d’une grande fête des nains, avec des nains du monde entier qui vont venir, et j’ai vraiment besoin des copains et de ma sœur pour m’aider à préparer le festin. Les brins d’herbes, les feuilles, les pommes du jardin, tout est coupé en menus morceaux et mélangé soigneusement avec de l’eau.
Nous passons le reste de l’après midi dans le jardin à jouer à la neige, en sortant skis, luges, écharpes. D’accord, c’est le mois de juillet, mais les copains, qui sont habitués à la météo du sud de la France, ne semblent pas choqués des jeux que nous proposons par cette température estivale bavaroise.

Ça y est, c’est le départ pour une série de petites vacances en famille, chaque fois une semaine dans un pays différent : première destination : une pension dans les montagnes autrichiennes. A moitié vautrée sur ma chaise, en savourant sur la terrasse de la pension, une tartine sur laquelle je viens de soigneusement répartir une couche de confiture correspondant à la totalité d’un petit pot, je réfléchi à la notion du bonheur, que je suis heureuse de posséder totalement : « c’est bien, ici, il ne pleut jamais ! ». Plus que seulement des considérations météorologiques, cette petite phrase englobe tout mon bien être.
J’observe mon frère, qui lui aussi, dévore une tartine de confiture, mais à sa façon, c'est-à-dire en étalant la confiture sur son visage. « Little pig ! » Ça y est, je mets déjà à contribution le vocabulaire que j’apprends progressivement tous les soirs en lisant de petits livres en anglais avec les parents.
Pendant les vacances, bien sûr, je dessine beaucoup sur des feuilles de papier mais aussi sur des cailloux foncés à l’aide de petits cailloux blancs. Évidement, Petit Chat est avec moi quand je positionne mes cailloux coloriés de façon à fabriquer une petite maison. Un soir, nous pique-niquons au bord d’un lac dans lequel se déverse une rivière. En pataugeant sur le bord, je mouille (accidentellement ?) ma robe et la salit avec le sable. Quelle n’est pas ma joie de l’enlever et de faire ma lessive dans la rivière !
Le clou de la semaine, c’est quand même la piscine qui est sur le terrain de la pension. Nous sommes le 16 juillet, je m’amuse, sans ma bouée, à sauter depuis le bord, dans les bras de maman qui m’attends dans l’eau. Le problème est qu’elle recule à chaque fois et que je dois m’élancer de plus en plus fort. Finalement, l’élan ne suffit plus, je hurle, suis prise de panique mais arrive quand même à rejoindre maman en nageant 10 centimètres. Je suis super fière, toute la famille me félicite, mais j’ai eu une telle frousse que je ne suis pas prête de recommencer. Maman se rapproche, on recommence le jeu, mais au bout de plusieurs sauts, voilà qu’elle recule de nouveau et cette fois, la méchante, elle recule dès que je la touche presque. Je hurle tout en nageant et au bout d’une demi longueur, le supplice s’arrête, j’arrive à la rattraper. Je suis folle de joie et de fierté en regardant l’ENORME distance parcourue toute seule, lâche maman, la volonté étant plus forte que la frousse : « aller, on continue ? », ce qui ne m’empêche pas de crier toute la seconde moitié de la longueur de la piscine. Ça y est, j’ai nagé toute une longueur de piscine ! Ensuite, plus besoin de maman devant moi au cas où j’aurai une défaillance, je passe le reste de la matinée à m’entrainer. Les parents sont obligés de me retirer de force de l’eau quand mes lèvres commencent à devenir bleues de froid. Je suis l’héroïne de la journée et lors du pique-nique de midi, Anne-Amalia, pour me glorifier, m’installe en bord de bassin sur une chaise longue à la façon des romains et vient m’apporter des petit plats.

Fin de la semaine, nous changeons de pays en nous voici maintenant en Hongrie au bord du lac Balaton : bien-sûr, il fait aussi beau tous les jours. Nous nous déplaçons souvent en vélo, c’est plutôt tranquille : je suis bien installée contre mon petit frère dans une carriole à l’arrière du vélo de papa. Dommage qu’Anne-Amalia, qui elle doit pédaler, râle tout le temps du trajet. Arrivés à la plage (chaque jour une différente), je prends plaisir à m’enduire de crème solaire puis à encrèmer ceux qui me le demandent. « On va devenir des Schtroumpfs ! ». La crème solaire est bleue mais la couleur part quand on l’étale.
Et, enfin, …A moi, les châteaux de sable que je construis avec plaisir pour que Carl-Amadé les casse ! Je lui fais aussi des trous en bord de lac pour qu’il ait une piscine pour se vautrer dedans.
Une fois, je suis outrée : « tu as vu, c’est pas juste, ces gens là, ils ont une glace ! ». (…et pas nous…). Mais ouf, l’heure du repas arrive avec son menu traditionnel de plage : frittes et glaces, peu importe le goût de la glace, il me faut la plus grosse. L’après-midi se poursuit entre sable et baignades. Certaines plages ont même des « Hüpfburg » (châteaux gonflables pour sauter dessus) et c’est super. Mes occupations favorites d’Allemagne sont présentes aussi en vacances : même si je n’ai rien emmené de la maison à ce sujet, ma soif de déguisements s’étanche grâce à mon imagination : un plastique sur les cheveux ou enfilage du nouveau bikini de maman et hop, le tour est joué. Petit Chat est là. Je cuisine ma  traditionnelle et délicieuse soupe de feuilles.
En Hongrie, il y a une piscine spéciale où poussent des nénuphars. Endroit de rêve pour jouer à Escargot et Grenouille avec maman. Dans l’eau, je passe aussi du temps à détacher les cheveux de maman, les recoiffer et les admirer. Ils sont comme les cheveux de princesse et j’envie beaucoup maman.
En vacances, je joue bien également avec Anne-Amalia. Le jeu de la semaine, qui en fait a déjà commencé la semaine dernière, c’est celui où je suis une pauvre petite fille abandonnée et où Anne-Amalia me fait recueillir par ses parents.

La semaine suivante se passe en Allemagne, partagée entre la maison avec maman (papa est en déplacement) et l’Ammersee avec Opa et Oma.
Même si ce n’est pas aussi chouette que le printemps, la nature est toujours aussi intéressante : si je vais en courses, à pied avec maman, je m’arrête
pour cueillir des fleurs, mais c’est dur de repartir tant que le bord de route contient encore des fleurs. En voiture, je trépigne en regardant le paysage :
« on peut s’arrêter dans ce champ là ? », bien-sûr, il s’agit d’un beau champ fleuri.
Le soir, maman me fait un câlin pour m’aider à m’endormir. Je suis bien auprès d’elle et lui fais le plus beau compliment : « Maman, t’es aussi douce que l’étiquette de mon bébé ! ». D’ailleurs, arrive le moment où je dois m’endormir toute seule, enfin, « avec personne de vivant » et je me retrouve avec bébé et sa douce étiquette que je frotte contre mes doigts pour m’endormir, l’autre bébé, Rifoinfoin le lapin, le chat rose, la souris et son bébé, le nounours d’une des peluches, le petit ours, Flocon mon grand oreiller, …bref, le minium vital pour que les cauchemars ne viennent pas, le tout bien comprimé contre moi dans la housse de ma couette. Rien d’étonnant que maman me retrouve par terre quand elle va me voir au moment de se coucher elle-même. Mais au fait c’est quand la dernière fois que j’ai fait un cauchemar ? Je crois que c’est quand ... et je site des évènements passés il y a plusieurs mois. En fait, j’ai une angoisse des cauchemars, non pas parce que j’en fais, mais parce que j’ai peur d’en faire.

Août
Semaine suivante, vacances suivantes, cette fois en France où nous logeons chez Pilyne et Myline en leur absence. Là aussi, beau temps et plage où nous nous rendons en vélo. Pendant le trajet dans la carriole, je berce mon petit frère contre moi, lui chante des chansons douces, le câline et nous nous endormons comme des amoureux, dans les bras l’un de l’autre.  Peut-être qu’il voudra se marier avec moi plus tard, quand je serai fée-sirène ?
Nous passons aussi un week-end avec Tatie Fleurine, Jean-Marie, Papé et Anne, grand-mamie.

Nouvelle semaine, nouveau pays, cette fois nous sommes en Suisse dans une ferme. D’accord, il y a le musée du chocolat avec large dégustation, le musée du gruyère, les baignades, les glaces, les promenades dans les montagnes fleuries, la luge d’été… mais surtout, il y a les animaux de la ferme à chacun de qui je parle personnellement chaque jour. En premier lieu, les chatons. Je les baptise tous : il y a Douce, Jolie, Tigrette, Blanche, Claire, … Ces chatons m’expliquent ce qu’ils aiment et comme Petit Chat m’a appris la langue des chats, je les comprends parfaitement. Par exemple, Tigrette me dit qu’elle ne veut pas être portée mais juste être caressée ou bien jouer avec une ficelle avec moi.
Il y a aussi des poules à qui je donne du pain et à qui j’explique tous les soirs qu’il faut bien rentrer dans le poulailler pour ne pas se faire manger par le renard.
Il y a encore les chiens que je gronde s’ils font peur à mes chatons, les chèvres et les chevaux que je nourris sans crainte en avançant vers eux ma main pleine de foin. Les vaches que je remercie pour leur lait frais que je peux boire chaque matin et le petit veau qui vient de naître à qui je raconte des histoires. Malheureusement, je dois quitter mes amis, mais pas sans leur faire à chacun un long discours d’au revoir.

Au retour, nous passons le week-end près de Strasbourg où papa et maman font un spectacle de danses avec des costumes de princes et de princesses. De tout le groupe, c’est maman la plus belle et je l’applaudis vivement à la fin de chaque danse. Ensuite, il y a un grand défilé et j’ai aussi le droit de m’habiller en princesse et de marcher avec les grands. Comme mes chaussures me font mal aux pieds, je marche pieds-nus et toujours dignement malgré la chaleur, mon costume qui glisse tout le temps et le goudron pas très doux. C’est tellement bien de se sentir comme une princesse !

Encore une semaine de vacances, cette fois, à la maison et voici la pré-rentrée. J’angoisse un peu, mais je roule les mécaniques : moi, je parle déjà le français, l’allemand, la langue de Petit Chat et celle d’Escargot et Grenouille et déjà un peu l’anglais. D’abord il y a une matinée avec les parents pour visiter l’école. Il y a tellement de monde que je n’arrive pas à rejoindre maman qui est à 2 personnes plus loin. En plus, les gens ont leur sac à main à hauteur de mon visage donc c’est dangereux quand ils se tournent et pour couronner le tout, il y a un long discours tout en anglais dans l’auditorium. Je suis très énervée, stressée et angoissée et quand vient la visite des locaux, je croise ma maîtresse mais ne veux pas lui parler. Arrivée sur le terrain de jeu, je joue au sable avec mon frère. Il y a aussi Isabelle, qui sera dans ma classe, avec qui je fais la connaissance.
Aujourd’hui, Isabelle est invitée chez moi. Elle connait l’allemand et l’anglais et nous nous entendons tout de suite. Nous passons l’après-midi à rigoler dans la piscine en plastique du jardin. Maman papote avec sa mère pendant ce temps mais je surprends une conversation et dois m’énerver : « maman, arrête de dire à tout le monde que c’est pour la télé que je veux aller à l’école anglaise ! Je veux aller là-bas pour apprendre l’anglais comme ça Anne-Amalia ne pourra plus m’embêter avec une langue que je ne comprends pas ! ».

Nouvelle journée, ce matin, je rencontre pendant une heure ma maîtresse. Elle est très gentille, me parle en allemand et même, connait quelques mots de français. Elle me demande si je veux bien lui apprendre le français pendant l’année. J’acquiesce poliment, mais je confie a maman que j’en ai mare d’apprendre le français aux gens ! Déjà l’année dernière, ma maîtresse de maternelle voulait apprendre le français avec moi !
Pendant que je suis seule avec ma maîtresse, je fais plein de trucs chouettes : je dessine mon portrait et inscris mon nom, je compte jusqu’à 100 en français, elle fait des chaînes de perles, bleue, bleue, rouge, bleue, bleue, rouge, et je dois continuer sur le même modèle (trop facile !), elle tape dans les main un petit rythme que je dois répéter et autres jeux rigolos. C’était bien chouette et l’heure est vite finie. Maintenant, je dois attendre encore 4 jours avant ma véritable rentrée, mais j’ai déjà le droit d’ouvrir mon « Schultütte » et d’en manger les bonbons.

Ça y est, c’est la rentrée ! Je me rend joyeusement à l’école et retrouve ma copine Isabelle. Je m’assois à coté d’elle et nous faisons un puzzle ensemble. Il n’y a pas d’angoisse à laisser partir maman. Le seul problème, c’est de savoir quand c’est l’heure pour le goûter et l’heure du déjeuner. Du coup, je ne mange que mon goûter à midi mais heureusement, l’école se termine à 12h30 donc je me rattrape en rentrant.
Les deux jours suivants, il y a encore des demi journées d’école, puis ça y est, je suis une grande avec des journées entières et le ramassage scolaire (avec Anne-Amalia). L’école me plait bien (sauf quand il faut s’habiller le matin et se dépêcher pour prendre le bus, là, je suis d’avis contraire).

Au cours de jeux, je fais part à maman de mes petites histoires : « Moi, je suis déjà allée à Vaça, c’est le pays de Petit Chat et d’Escargot et Grenouille. Petit Chat était avec moi, et il m’a appris sa langue. » Et me voici en train d’énumérer des tas de mots biscornus (acatut, lopri, …) en essayant de faire deviner leur signification à maman. Bien sûr, comme elle n’est pas allée à Vaça, elle ne connait pas la langue de Petit Chat et elle se trompe toujours. Fière de ma supériorité linguistique, je lui fais alors la traduction en français (téléphone, voiture, bonjour, …). Certains mots sont les mêmes qu’en français, et puis d’autres sont très intéressants : ils me permettent de dire des gros mots tout en restant polie : « Tu sais ce que ça veut dire « bordel » en langue de Petit Chat ?, ça veut dire siège auto. Donc si tu dis à Petit Chat d’aller dans son bordel, ce n’est pas malpoli ! ».  (L’unique signification que je connaisse de ce mot est pour désigner le bazar, une chambre mal rangée). La traduction des gros mots fonctionne également dans l’autre sens : « Et tu sais comment on dit « Arsch Loch » en langue de Petit Chat ? ». Bien sûr, je suis très polie, mais ce n’est que dans le contexte purement détaché de la traduction que je me permets de prononcer de tels mots interdits !
La langue de Petit Chat se décline également : il y a l’allemand de la langue de Petit Chat, et le français de Petit Chat.

Septembre
Maintenant, ça fait trois semaines que je suis dans l’école anglaise et affirme tout comprendre en classe et savoir presque tous l’anglais ! Il y a une partie de juste car la maîtresse fait mes éloges à maman en racontant par exemple comment je comprends bien quand elle dit qu’il faut mettre ses chaussures, etc…
Je me fais bien au nouveau rythme scolaire et quand je rentre, après un petit goûter, j’ai encore plein de temps pour jouer a la maison ou dans le jardin, notamment au sommet du pommier, où j’ai de nouveau le droit de grimper depuis la fin de la saison des pommes. D’ailleurs, je vous laisse car j’ai des feuilles à cueillir là-haut pour préparer une bonne soupe pour Opa et Oma qui vont venir une semaine à la maison pendant que les parents seront absents.

A la prochaine,



Claire-Estelle