12-04-2006

Munich, le 12 avril 2006

Bonjour

06h58 : « Lait ? …. Lait ! … LAIT !!……LAIT !!!!…. Maaaaamaaaaan !», Ah, enfin, elle m’apporte à boire. Bon, maintenant, laisse-moi siroter tranquille, je te rappellerai dans une demie-heure.
Voilà comment commence chacune de mes journées.
Au deuxième réveil, je suis plus aimable et réponds « bonjour » au bonjour de maman, puis je me mets à régler les affaires urgentes : « ettes, ettes » car il faut absolument que je mette mes chaussettes, ou bien : « moné », pour signaler que je suis mouillée et qu’il faut plutôt commencer par m’enlever le body, ou alors « Ikou » pour lire une histoire de Pikou, un de mes héros préférés.
Une fois habillée, je peux encore aller manger mes céréales et jouer un coup, pendant que ma sœur fini de s’habiller. Nous devons maintenant aller dehors, chouette ! Tout en criant « deho, deho », je fonce devant le porte-manteaux, attrape mon anorak et signale à maman qu’elle doit se dépêcher de me l’enfiler : « ak ! », puis j’hurle car elle ne voulait pas le fermer.
Je prends mon écharpe dans le tiroir et l’enfile toute seule. « Gants, gants ! », je suis désappointée de ne pas trouver mes gants mais maman m’explique qu’au printemps, ce n’est plus la peine. De même, à mes « tête, tête ! », elle me répond en me rabattant seulement la capuche, qu’un bonnet n’est plus nécessaire. Ouf, dans tout ce changement d’habitudes, j’ai le droit de mettre mes bottes car nous allons marcher dans les flaques et je montre à tout le monde : « bottes, jaunes ! ». J’en suis tellement fière que j’ai même appris à ma nourrice et aux copains allemands là-bas, ce merveilleux mot.

J’adore parler. A l’occasion de mes 22 mois, maman a dressé une liste non exhaustive mais assez représentative de mon vocabulaire, recensant 250 mots, mais avec environ 5 ou 6 mots de plus par jour, la liste est maintenant largement dépassée. A 22 mois, j’ai aussi commencé mes premières minis-phrases, associant 2 voir 3 mots : « donne papa », etc…
J’adore aussi compter, et désignant les objets que je recense, je dis pour chacun : « deux, deux, deux, deux …». Je sais aussi nommer mes doigts : « pouce, majeur, majeur, majeur, majeur».
Mon plus grand progrès autour de mes 22 mois, est surtout mon changement de prénom : on m’appelait Claire-Estelle, mais je m’appelais Anne-Amalia. Croyez-vous que j’avais un problème de personnalité ? Mais pas du tout ! En fait, quand on me demandait qui est Claire Estelle, je me désignais du doigt car je sais bien qui a l’extrême honneur de porter ce magnifique prénom. Magnifique, oui, mais ce qu’il est compliqué !!! C’est vraiment trop dur, alors, comme ma sœur porte un nom beaucoup plus coulant, si je parlais de moi, je disais : « Am-Amaia », c’était bien plus simple ! Ca donnait parfois lieu à des quiproquos, ou bien à de longues séances où maman me répétait de nombreux « Claire-Estelle » sur différents tons ou mélodies, mais je m’entêtais et lui répondais toujours « Am-Amaia ! ». Vers mes 22 mois donc, j’ai cédé. Maintenant, je m’appelle « Lelle ».

Je commente et donne mon avis sur tout, je sais aussi exprimer certains de mes sentiments : « pleure », en même temps que je verse des larmes, ou « peur », pour justifier que je ne veux plus aller caresser les moutons à coté de chez nous.
En voiture, au bout d’une heure que nous sommes sur l’autoroute, mon biberon étant vide et tous mes livres lus, comme je commence à m’ennuyer, je regarde par la fenêtre et fais une remarque judicieuse : « Auto », pour que papa fasse attention en conduisant car il y a plein de voitures autour de nous. Heureusement que je suis là pour l’aider !!! La route est très longue, je finis par m’endormir et quand je me réveille, nous voilà en France.
Nous passons une semaine à Briançon avec des amis. Nous faisons du ski, de la luge, de la balancoire-télésiège, de la découverte de chasse-neige. En soirée, nous jouons dans le chalet. Parmi toutes les copines, la plus fascinante est bien sur « bébé Anna ».

Ah, voilà le 1er avril. Avec Anne-Amalia qui a de bonnes idées, nous rigolons bien et en montrant le dos de maman, je m’esclaffe : « il, poisson, dos » (avril, poisson dans le dos). A mon tour, je fais des farces et appelle maman : « papa » et ça me fait bien rire de voir sa réaction.
Même en dehors du 1er avril, j’adore plaisanter et il n’est pas rare de me voir me promener à quatre pattes en aboyant des : « wawaou » ou bien de me cacher derrière mes mains et disant « pas là ! » pour qu’on me cherche.
Quand nous nous promenons, je me mets à courir en clamant des « ape » pour qu’on m’attrape mais le summum de l’excitation, c’est de sauter sur le canapé ou sur les lits en criant « folle » pour signaler que je suis en train de faire la folle, au cas où personne n’aurait remarqué, et « ape » pour qu’on m’attrape. Je me tord de rire mais reste bien agile et ce n’est pas si facile de m’attraper !
Plus calmement, mais toujours aussi joyeusement, j’aime dire des petits secrets : je fais pencher maman et lui chuchote « bla, bla, bla » à l’oreille et éclate de rire comme si je venais de lui raconter une histoire drôle.

Rire, c’est vraiment chouette, mais des fois, il faut quand même garder son sérieux, surtout s’il s’agit de valeurs essentielles, la plus importante étant l’ordre. Sur ce point, j’ai un devoir d’éducation très important à accomplir auprès de mes parents. Par exemple, juste lors du dernier repas, il a fallut que je me fâche deux fois. Tout d’abord, j’ai tout de suite remarqué que papa, en rangeant la maison avait pendu la médaille de ski d’Anne-Amalia sur la poignée de la fenêtre de la salle à manger. Ca frappait les yeux, surtout que ma place est juste en face de cette fenêtre. Il a fallut que j’élève le ton, l’index pointé avec des gestes de négation et que je répète des « non, non, non », jusqu’à ce que papa enlève cette décoration de mauvais goût et remette la médaille à sa place. Vers la fin du repas, nous avons mangé des fraises avec de la chantilly. Maman ne voulant plus que j’abuse des bonnes choses, a remis la bombe de chantilly dans le frigo. Il a fallu que je lui cours après, le bouchon de chantilly à la main, en criant des « tilly, tilly », non pas pour clamer ma gourmandise, mais pour lui faire constater qu’elle n’avait pas refermé la bombe avant de la ranger.
Des exemples comme ça, j’en rencontre des tonnes quotidiennement, sans parler non plus de problèmes de propreté : si je fais par maladresse une tache sur la nappe en mangeant, il faut que j’insiste en montrant ma « bêtise » pour que ce soit nettoyé dans les trente secondes qui suivent, sinon, je suis sûre que ça ne dérangerait pas mes parents de laisser la tache jusqu’à la fin du repas !

En dehors de rire et de remettre à l’ordre ceux qui n’y sont pas, j’ai quelques divertissements, comme les legos, les puzzles ou les livres, parfois le dessin.
J’ai surtout beaucoup de travail avec mes nounours, et particulièrement avec ma poupée.
Je passe le plus clair de mon temps à l’habiller, la coucher et surtout lui préparer des plats savoureux dans mon coin dînette puis la nourrir. Elle est comme moi, c’est une grande gourmande. Elle est très dépendante de moi et depuis mon 20ème mois, elle ne me quitte jamais (sauf quand je suis dans mon bain, ou à la piscine). Elle est très active et aime participer à tout ce que je fais :
-A table, si papa n’est pas là, c’est Bébé qui a le droit de s’asseoir sur la chaise de papa pour nous regarder
-quand maman passe l’aspirateur, je lui cours derrière avec Bébé, puis j’appuie les mains de Bébé contre le manche de l’aspirateur pour que ce soit lui qui fasse le ménage.
-au sport, devant tous les enfants font la queue en attendant leur tour pour faire du trampoline, je tiens ma poupée par les mains et lui apprends patiemment à sauter.
-Si je vais à un spectacle, Bébé est sur mes genoux et c’est lui qui applaudi (bon, d’accord, je l’aide quand même un peu en lui tenant les bras).
-De même, à la musique, alors que chaque enfant est assis sur les genoux de sa maman, je m’assois à coté de la mienne et ma poupée est bien sage sur mes genoux et je lui tiens les bras pour qu’elle frappe dans ses mains ou qu’elle danse.
-Si je lis un livre, c’est encore elle qui doit tourner les pages.
-Quand je descends les escaliers de la maison, il faut souvent que maman tienne une main de bébé et moi l’autre main, même si c’est qu risque de me casser la figure.
-Si on se promène, je porte Bébé. Il me glisse des doigts, je le fais tomber plusieurs fois, mais attention, il est interdit à maman de le porter, c’est mon bébé, alors c’est moi qui le porterai tout le trajet, quelles qu’en soient mes souffrances.

Avec le printemps, bébé et moi pouvons faire plein de choses dans le jardin : tout d’abord, il a fallut que je me réhabitue à l’herbe en la touchant avec stupéfaction, je n’avais pas vu cette drôle de chose verte depuis tellement de mois que je ne m’en rappelais plus. Maintenant, je fais du tricycle, du vélo sur le porte-bagages d’Anne-Amalia, de la poussette (de la petite pour pousser bébé ou de la grande pour me faire pousser avec bébé). Il n’est pas rare non plus de me retrouver au sommet de l’échelle de la balançoire (mais là, il faut quand même que je confie bébé à quelqu’un car j’ai besoin de mes deux mains pour grimper).
Avec le printemps, nous allons aussi au lac voir les canards. Je garde ma bonne humeur et mon sourire, mais c’est quand même un peu décevant : j’ai beau me pencher en avant depuis le ponton et tendre les bras en leur criant « anard, aper » (canard, attraper), il n’y en a aucun qui vient dans mes bras !

Génial, maman part avec son orchestre pendant une semaine ! Au lieu de mon petit train-train : nourrice, bibliothèque, piscine, aller voir les moutons, faire les courses, cuisiner… je partage mon temps entre l’Ammersee avec Opa et Oma où je peux aller patauger quotidiennement et des activités avec papa : zoo, cirque, Märchenwald (parc d’attractions).
Quand maman revient, c’est déjà Pâques. Il y a plein de petits lapins et œufs brillants dehors et je profite qu’Anne-Amalia soit occupée à rafler tous ceux de l’autre coté du jardin, pour en ramasser quelques uns de mon coté. D’un seul coup, je remarque qu’en enlevant le papier brillant, il y a du chocolat dessous, du coup la recherche au trésor s’arrête et je me contente de piocher dans mon panier déjà bien rempli pour me régaler.

Bon, toute bonne journée à sa fin et il faut aller se coucher. Je m’enfuis en criant « folle » et vais sauter sur le lit de papa et maman. Souvent, c’est chouette, Anne-Amalia me rejoint pour faire la folle. Puis je m’arrête d’un coup en disant « dodo ». Croyez-vous que je me résigne à retrouver mon lit ? Point du tout, il suffit de regarder dans la direction que je pointe avec mon doigt : il y a une grosse lettre « D » sur le bord de la fenêtre. Puis je m’amuse à lire toutes les lettres : « A », « Nez », « Dodo », « Rrr », « E », « A », « Sssss ».De l’autre coté de la fenêtre, il y a aussi le prénom de maman écrit en grandes lettres que je m’amuse de la même façon à déchiffrer.
Bon, c’est vraiment le moment d’aller dans mon lit, avec juste encore le temps de lire quelques livres et de faire les câlins du soir.
Mes rêves les plus chers  commencent déjà, alors je vous laisse.
Bonne nuit !

Claire-Estelle